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La fève au fil du
temps
Le
terme « fève », qui vient du latin faba, est apparu dans
la langue française en 1265. En Europe, « fève » désigne également une
figurine de porcelaine ou de plastique qui a remplacé la vraie fève que
l'on cachait jadis dans la galette des Rois.
Présenté comme un québécisme, le terme « gourgane » apparaît pour
la première fois dans l'édition 2004 du Petit Larousse. Mais, le
mot serait plutôt d’origine française, si l’on en juge par le sobriquet
« gourganiers » qui désignait jadis les habitants
de Pleine-Fougères
en pays de Dol en Bretagne, la "gourgane" est la fève des marais, ce
légume était cultivé en abondance à Pleine-Fougères en faisant une
nourriture presque exclusive.
Au
Québec, une espèce à graines plus petites, la féverole, portait le nom
de « fève à café » car elle servait de substitut à cette boisson.
À
noter que le terme « fève » s'applique uniquement aux plantes du genre
Vicia. Il est donc inexact de nommer « fèves » les haricots et
les doliques.
Pythagore et
le mysticisme
Pythagore, célèbre philosophe et mathématicien de l'Antiquité,
interdisait à ses disciples de consommer des fèves, car elles étaient
censées renfermer l'âme des morts. Il avait emprunté cette croyance aux
Égyptiens, pour qui traverser un champ de fèves était tabou. La légende
veut que Pythagore ait été assassiné par des poursuivants, après s’être
retrouvé devant un champ de fèves qu'il aurait refusé de traverser.
Les chercheurs modernes offrent une autre explication à la répulsion de
Pythagore pour les fèves. Il aurait souffert de favisme. Rare en
Amérique, cette maladie est plus courante chez les peuples
méditerranéens.
À cause de sa
taille et de la valeur nutritionnelle de l'amidon qu'elle renferme, la
fève a été l'un des premiers aliments à être récoltés en grandes
quantités, dans le but de constituer des réserves en cas de pénurie.
Même à l'état sauvage, telle qu'on la ramassait il y a des dizaines de
milliers d'années dans son lieu d'origine en Asie centrale, elle avait
la grosseur de l'ongle de l'auriculaire, ce qui est assez exceptionnel.
Sa domestication, vieille d’au moins 10 000 ans, a eu lieu avant celle
du pois, pourtant très ancien. On n’a jamais retrouvé ses parents
sauvages, dont l’espèce pourrait être éteinte.
La fève s’est
largement diffusée vers les régions tempérées de l'hémisphère Nord.
Toutefois, jusqu'à l'époque romaine, de nombreux tabous religieux lui
seront attachés, particulièrement en Égypte et en Grèce, bien qu'elle
ait été largement cultivée et consommée dans ces deux pays.
Les Romains la
tenaient en grande estime. Pline l'Ancien lui accorde la première place
parmi les légumes. En période de disette, on en faisait une sorte de
gruau, habitude qui s'est maintenue pendant des siècles en Europe. Le 1er juin
de chaque année, les Romains célébraient les Calendae fabariae,
fête au cours de laquelle des fèves et du lard étaient offerts en
l'honneur de la déesse Cama, que l’on invoquait quand on voulait
redonner force et vigueur aux organes vitaux. Dans son De Re
Conquinaria (un des plus anciens livres de cuisine), Apicius
mentionne de nombreux plats composés de fèves : écossées, cuites dans
leur cosse, bouillies, frites.
En France, elle
restera populaire durant tout le Moyen Âge. On l'appréciait tout
particulièrement en début de saison tandis qu'elle était bien verte et
bien fraîche. On l'apprêtait en la faisant sauter avec des oignons, du
safran et un morceau de hareng ou de marsouin.
Mais, la fève
n'est pas facile à digérer, si bien que, dans son encyclopédie, écrite
en 1775, Diderot ne la recommande qu'aux personnes jeunes et robustes
qui ne craignent pas l'exercice physique, les natures délicates devant
s'en abstenir.
La fève est
aujourd'hui cultivée dans de nombreux pays du globe et tout
particulièrement en Chine, pays qui fournit les deux tiers de la
production mondiale. Elle joue un rôle important dans l’alimentation des
Africains, des Asiatiques, des peuples du Moyen-Orient et de certains
pays d’Europe. Introduite dans le Nouveau Monde par les Espagnols, elle
n'y sera jamais très populaire, faute d'un climat compatible à sa
culture, sauf dans les pays andins de l'Amérique latine et dans quelques
régions des États-Unis. Au Québec, on la cultive surtout dans Charlevoix
et au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans cette dernière région, elle est
devenue, avec le « cipaille » et la tarte aux bleuets, une
incontournable de la gastronomie locale.
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